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Le BIPARTISME – 5ème partie….

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Nous continuons à publier, notre dossier sur le bipartisme… Ce qui suit en est le cinquième volet.

C: Qu’en est-il aujourd’hui en République de Guinée ?

Les premières élections pluralistes en Guinée sont antérieures à l’indépendance de ce pays. Elles se situaient surtout au niveau des législatives, pour la désignation des représentants de la colonie au sein de l’Assemblée française.

Leurs déroulements ne laissèrent pas en Guinée le souvenir d’élections transparentes que l’on ambitionne aujourd’hui. Des irrégularités criardes furent relevées à chaque fois au profit des candidats favorables à la métropole aux dépens de ceux qui étaient soupçonnés de velléités indépendantistes.

En 1954, comme en 1956, les élections furent marquées par des tricheries énormes de la part du pouvoir colonial. Il lui fallait absolument barrer la route de l’assemblée française au syndicaliste Sékou Touré pourtant très populaire à l’époque dans tout le pays, singulièrement en Guinée maritime.

Or, tout le monde admet désormais que l’élection constitue le mode d’expression par excellence de la démocratie représentative. Celle-ci, en dépit des controverses et des  remises en cause incessantes, demeure jusqu’à nouvel ordre le meilleur régime possible. Winston Churchill a bien résumé ce sentiment en déclarant notamment : « la démocratie est le pire des régimes imaginés par les esprits humains, à l’exception de tous les autres ». En effet, il demeure vrai que malgré les tentatives du socialisme, la démocratie libérale semble toujours défier le temps. Sans doute ne jouit-elle plus de son aura d’autrefois.

Mais les fréquentes controverses et autres remises en question sont désormais renforcées par les conséquences de la mondialisation qui bouleverse bien des idées reçues. A telle enseigne que toutes les démocraties du monde en sont aujourd’hui à la recherche d’éléments nouveaux susceptibles de conférer à leurs régimes un certain dynamisme et une plus grande adaptabilité aux sociétés contemporaines, notamment aux sociétés émergentes. Cela ne se peut qu’en enracinant la démocratie dans les réalités sociopolitiques,  économiques  et culturelles des sociétés considérées.

Cette constante recherche d’adaptation est fondamentale pour les pays en développement qui recherche un modèle démocratique de leur convenance. Elle doit dans tous les cas concerner toutes les disciplines et à tous les niveaux de prise de décision. La démocratie apparaît dès lors comme le creuset par excellence de toutes les disciplines.

On observe aisément cette caractéristique dans la description que Georges Burdeau en donne. Selon cet auteur, en effet, «  la démocratie n’est pas seulement un mode de gouvernement, elle est plus peut-être un style de vie collective dont le mécanisme peut et doit être connu par chacun, puisqu’en définitive son fonctionnement heureux suppose l’adhésion intelligente de tous ».[1]

Le même auteur poursuit plus loin et affirme : « la démocratie est aujourd’hui une philosophie, une manière de vivre, une religion et presque accessoirement, une forme de gouvernement ».

Il résulte de ces considérations que tout observateur attentif de la démocratie est condamné à la polyvalence. « Il lui faut, selon Georges Burdeau, être tour à tour historien pour comprendre comment s’est formée l’idée de démocratie, sociologue pour en étudier l’enracinement dans le groupe social, économiste pour rendre compte des facteurs matériels qui agissent sur son évolution, psychologue pour saisir, dans les représentations que s’en font les individus, la source de l’énergie dont elle se nourrit, théoricien politique pour analyser l’incidence des systèmes et des doctrines, juriste enfin pour définir les institutions tant privées que publiques dans lesquelles elle se concrétise ».

C’est donc à partir de ces références que la République de Guinée décida en octobre 1989, d’instaurer un état de droit en Guinée. L’initiative fut saluée avec enthousiasme et espoir. Mais entendons-nous bien. Que veut-on dire par « état de droit »[2] ? Cette expression nouvelle dans la société guinéenne a-t-elle la même signification qu’ailleurs ? Au sein de la population guinéenne elle-même, est-on d’accord sur la même acception du concept ? Ces questions au demeurant surprenantes ont de bonnes raisons d’être posées à l’approche d’échéances électorales importantes.

En effet, lors des préparatifs des premières élections pluralistes de 1993, nous avons malheureusement eu à constater qu’il y avait un réel besoin de préciser le sens des concepts juridiques qui n’étaient point familiers aux Guinéens. Nous avons d’abord constaté dans des milieux pourtant avisés, des confusions persistantes dans l’emploi indifférent des termes les uns à la place des autres sans le moindre souci de leurs sens respectifs.

Il y avait donc indéniablement un premier besoin de précision terminologique à intégrer dans les préparatifs pré-électoraux. Ce n’était absolument pas superflu de le faire. Au contraire ! C’était un travail hautement utile à la transparence tant souhaitée de l’élection.

C’est ainsi par exemple que l’on parlait couramment d’intronisation au lieu de prestation de serment du président de la République nouvellement élu aux suffrages universels. Mais le gros problème se situait au niveau du sens qu’il convenait de donner à l’expression  « état de droit ».

La référence citée par certains élus du peuple eux-mêmes comme exemple à éviter était le malheureux cas du sang contaminé qui s’était produit en France avec Laurent Fabius comme premier ministre.

On s’indignait de constater qu’il a fallu traduire un premier ministre devant un simple juge pour s’en expliquer. Pour nombre de députés guinéens, un tel acte était tout sauf la manifestation d’une démocratie digne de nom. Nous avons d’abord cherché à comprendre en quoi cela pouvait leur paraître anti-démocratique.

Comment les convaincre du contraire ? Ce travail d’éducation politique relève essentiellement des partis politiques. Leur aptitude à bien mener ce travail confère une meilleure qualité à la démocratie. Ces remarques viennent à point nommé pour ouvrir la voie à une importante réflexion consacrée au bipartisme qui passe de plus en plus pour une panacée mondiale. Voyons en quoi.

 Djibril Kassomba CAMARA

 ‘’ à suivre’’

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