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Nous publions le quatrième volet de notre réflexion sur le bipartisme….

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B :   Que faut-il retenir de ce dialogue ?

La première chose à garder en mémoire, à partir de ce dialogue, est la suivante : le suffrage universel est une des inventions les plus importantes que l’humanité se soit donnée. Elle allie, à merveille, la puissance et la paix. Cependant cette merveilleuse invention suscite beaucoup d’interrogations pour sa mise en œuvre par les hommes. Elle exige, pour remplir sa mission avec une satisfaction de plus en plus largement partagée, un certain nombre de conditions dont nous venons de découvrir quelques-unes à travers le dialogue précédent.

La seconde interrogation majeure qui nous interpelle dès lors est la suivante : le schéma de répliques observé à travers le dialogue est-il la fidèle traduction de ce qui se passe partout où il y a démocratisation ou bien existe-t-il des variantes suffisamment importantes pour changer la nature même du vote ? Il est évidemment difficile de répondre de manière générale et catégorique à cette pertinente question. On ne pourrait y répondre qu’au cas par cas. Aussi, l’appliquerons-nous volontiers au cas guinéen qui nous préoccupe ici au premier chef ?

Il apparaît dès lors une particularité saisissante. D’abord on observe qu’en 1993, en 1995, en 1998, en 2001, en 2003, en 2010,…et probablement aux échéances électorales futures, ce qui frappe l’observateur averti, c’est un cruel manque de projet de société lisible et de programme cohérents de gouvernement de la part des candidats des partis politiques. C’est un constat qui concerne tous les partis politiques agréés.

Et ils sont nombreux[1][2] ! Trop nombreux à notre avis pour un pays émergent comme la Guinée qui doit non seulement éveiller et consolider une conscience nationale, mais encore tout faire pour construire une unité nationale effective. Il est, en effet, frappant de constater qu’aucun candidat à travers les nombreuses campagnes électorales passées n’ait daigné présenter le moindre projet cohérent de société, voire de gouvernement.

Personne n’en parle, parce que, nous dit un candidat mal inspiré, « si tu te mets à parler de programme, personne ne t’écoutera ». Grave affirmation ! Surtout quand elle émane d’un prétendu responsable de parti politique. Que les électeurs n’en parlent pas, peut se comprendre. Ils ne sont candidats à rien. Ils ne sollicitent aucun suffrage. Mais l’on ne saurait normalement dire la même chose des candidats.

Eux, sont tenus de soumettre au peuple dont ils sollicitent le suffrage, un programme à défaut d’un projet de société. C’est sur ce programme qu’ils doivent non seulement être élus, mais aussi être appréciés au vu de leurs résultats. Le vote est un acte contractuel. Un contrat social nous dit Jean Jacques Rousseau.

Car, faut-il le rappeler ici, le seul lien organique entre les gouvernants et les gouvernés reste indéniablement le résultat tangible obtenu. On ne choisit pas un candidat uniquement pour son nom, ses liens de parenté, son faciès ou sa fortune. On le choisit aussi, entre autres, en raison de l’espoir qu’il suscite et de la confiance qu’inspirent les propositions concrètes qu’il fait pour répondre aux attentes du pays tout entier. Ces attentes sont multiples et diverses.

Elles sont véhiculées par les suffrages. Nous l’avons bien compris à travers les questions de notre Electeur précédent. Or, il est fréquent désormais de comparer un parti politique à une entreprise économique. Le leader politique est alors assimilé au directeur d’une entreprise ; tandis que les électeurs font office de consommateurs. Le projet de société et le programme de gouvernement constituent la stratégie et la tactique de l’entreprise.

La combinaison des différents facteurs aboutit à des résultats perçus comme des produits de consommation. On observe qu’il est très difficile, voire impossible pour un élu, d’apporter une réponse précise à chaque électeur pris individuellement. Il y a au moins deux raisons à cela. La première est inhérente à la nature de la politique. Ne la définit-on pas aussi comme l’ensemble des moyens que des êtres humains se donnent pour régler collectivement leurs problèmes ? Vue sous cet angle, la politique privilégie ou devrait privilégier l’intérêt général.

Et le responsable politique est perçu plus comme un commis de l’Etat que comme un homme d’affaire. Sur le plan pratique, cela signifie que sans négliger les réponses particulières, il doit d’abord et avant tout s’atteler à la satisfaction des besoins les plus largement ressentis dans l’ensemble du pays.

A partir du moment où un candidat est élu comme député ou président de la République, il est tenu de servir la nation entière et non pas seulement ceux qui l’ont élu. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne un président de la République. Son champ d’action et de responsabilité se confond avec le pays tout entier.

Il est tenu de donner satisfaction à tous ses concitoyens, y compris à ceux qui ont voté contre lui et qui sont foncièrement opposés à sa politique. Que doit faire un tel responsable politique pour respecter le contrat social qu’il a signé ou aurait dû signer avec le pays ? A notre humble avis, il doit privilégier les réponses aux attentes collectives les plus urgentes.

Dans le cas précis de la Guinée, ce travail lui a été pratiquement mâché par les populations guinéennes à travers la feuille de route établie par tous les Guinéens sans exclusive, à l’issue des mouvements revendicatifs de Janvier et Février 2007. En observant rigoureusement les besoins clairement exprimés par l’ensemble de ses concitoyens, un responsable politique de ce niveau remplit plusieurs missions à la fois.

Tout d’abord, il consolide un peu plus la conscience nationale au détriment des particularismes diviseurs. Ensuite il confirme de manière concrète, son attachement à l’unité du pays. En troisième lieu, il garantit dans une certaine mesure la stabilité politique du pays.

Quatrièmement enfin, il justifie son élection et confère une légitimité à son éventuel maintien au pouvoir. Car il aura prouvé qu’il est bien à l’écoute de son peuple. Les responsables politiques africains en général, guinéens en particulier, devraient mûrement méditer ces considérations.

Car l’électricité, l’eau, la route, l’école, l’hôpital et surtout le pouvoir d’achat sont, quand ils sont bien gérés, de puissants facteurs d’intégration nationale, voire régionale. La lumière, à l’instar des rayons solaires ou lunaires, doit briller pour tout le monde. L’eau constitue 80% de l’organisme humain.

C’est pour cela qu’elle est perçue comme une réelle source de vie. A contrario, sa pénurie est synonyme de mort. Un hôpital, où qu’il se trouve, a pour vocation de soigner un malade. Tout être humain peut tomber malade. L’école n’a point d’ethnie. Soubassement incontournable de toute société stable et dynamique, elle est ou devrait être ouverte à tous.

Le pouvoir d’achat enfin, demeure sans conteste l’indicateur privilégié de la stabilité politique. Il exprime à suffisance la notion d’équilibre évoquée plus haut entre les sacrifices consentis par les gouvernés et les avantages prodigués en contrepartie par les gouvernants. Nous voilà au cœur de la notion déjà évoquée de lien organique entre gouvernants et gouvernés.

 Les remarques précédentes sont une préoccupante réalité dans l’expérience guinéenne de démocratisation. Quiconque parvient à les prendre sérieusement en compte aura mérité la confiance et le soutien du peuple. Il pourra alors sans trop d’entraves, mettre son pays sur les rails d’un développement socio économique effectif.

Or, paradoxalement, très peu de responsables politiques s’en préoccupent comme il faut au grand dam des Guinéens qui ne cessent d’espérer…

Au tout début de l’instauration de l’état de droit en Guinée, nous avons cru devoir ouvrir les débats à la fois sur le nombre de partis et surtout sur la nécessité pour ces derniers de présenter au pays un projet de société et un programme cohérent de gouvernement, assorti de moyens réels ou virtuels de réalisation.

Notre étonnement fut grand d’entendre un candidat dire ceci : « laisse-nous en paix avec ton problème de projet de société et de programme de gouvernement. Ce sont des choses qui sont à la portée de tout le monde. Même un singe peut faire un programme de gouvernement ». Ou bien encore, on nous rétorquait : « si tu te mets à parler de projet ou de programme de gouvernement personne ne t’écoutera. »

Surpris, indigné et inquiet devant de tels propos tenus par des représentants de partis politiques, à la veille des premières élections pluralistes en Guinée, nous eûmes comme un sursaut de conscience face au danger qui menaçait le pays. Nous avons réagi en publiant deux articles dans le journal Horoya. Le premier article intitulé « un parti politique, c’est d’abord un projet de société », fut publié en 1992. Le second article, « Où en est le multipartisme en Guinée », fut publié dans le même journal en juillet-août 1993.

Dans ces modestes contributions, notre souci était de dissiper notre crainte, limiter les risques de dérapage auxquels s’exposait le pays tout en mettant en garde les partis politiques contre ces graves lacunes qui pouvaient fausser le jeu démocratique ambitionné pour notre pays.

Les réactions de qualité suscitées par nos articles ne changèrent guère le cours des choses. Aujourd’hui, force est de constater que l’on se situe aux antipodes de nos préoccupations d’alors. On n’en veut pour preuve que la situation qui prévaut dans le pays depuis la publication des articles précités. Comme nous l’avons déjà dit, la Guinée compte à présent près de deux cents partis politiques légalement reconnus.

Nous avons du mal à croire qu’au sein d’une population d’environ 13 millions d’âmes, il puisse exister autant de projets de société et de programmes de gouvernement irréductiblement différents les uns des autres. A moins que les leaders politiques charismatiques ne se substituent aux dits projets et programmes !

‘’A suivre’’

 Djibril Kassomba CAMRA

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