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LE BIPARTISME

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En cette année électorale, nous continuons de publier notre dossier sur le bipartisme.

Ce qui convient est le troisième volet de notre réflexion.

 Le Candidat:

Une fois de plus, vous êtes en plein cœur des problèmes fondamentaux de la démocratie représentative. Votre question revient à la fois au droit de vote, au suffrage, à son étendue ainsi qu’aux limites qu’il rencontre un peu partout dans les pratiques de la démocratie.

De nos jours, le droit de vote est ouvert à tout citoyen remplissant un certain nombre de conditions déterminées par les lois du pays concerné. Un homme, une voix. Tel est le slogan désormais consacré à la démocratie représentative.

Ce droit n’a pas toujours été à la portée de tout le monde au sein d’une communauté nationale. Dans la démocratie antique, il a été pendant longtemps réservé à une minorité de personnes soit fortunées, soit instruites. Ces personnes payaient alors alors un impôt appelé cens. Le suffrage prit en conséquence le nom de suffrage censitaire. Dans un tel système, très peu de gens qui pourraient effectivement voter. Ceux qui étaient exclus du d

roit de vote étaient plus nombreux que les participants aux élections. Il aurait principalement des esclaves, des métèques, c’est-à-dire des personnes libres mais de nationalité étrangère. Mais un grand nombre de jeunes étaient également exclus du droit de suffrage pour des raisons d’âge de la majorité. Cet âge était défini de manière quasi standard ou peu s’en faut, pour tous les pays concernés par la démocratisation.

Mais il pouvait varier soit d’un pays à l’autre, soit, dans un même pays, d’une période à l’autre. Cet âge de la majorité électorale a progressivement baissé. En France par exemple, il est passé de 30 ans en 1815 à 25 ans en 1830 et à 21 ans en 1848 pour les femmes.  En 1974, sous la présidence de Valéry Giscard D’Estaing, il a été fixé à 18 ans pour tout le monde.

Cet âge électoral à 18ans passe aujourd’hui presque pour universel. Or, il y a bien évidemment des différences de taille entre les jeunes d’un pays à l’autre. Mieux encore, il y a parfois des différences de nature entre deux générations de jeunes, à des périodes différentes de l’évolution d’un même pays. Que dire, enfin, des femmes, ces éternelles laissés-pour-compte du monde entier ? S’ajoute à tout cela, la catégorie des individus déchus de leur nationalité ou ayant fait l’objet de condamnation infamante. N’oublions surtout pas cette frange parfois importante de jeunes des deux sexes qui n’ont pas encore atteint l’âge électoral légal.

Mais qui, compte tenu des responsabilités qu’ils assument au sein de leur communauté, mériteraient amplement d’avoir le droit de participer au choix des représentants nationaux, etc. C’est le cas par exemple des filles-mères de moins de 18 ans et des jeunes garçons de 17 ans incorporés dans l’armée nationale et appelés à défendre l’intégrité territoriale.

Mais la pertinence de votre question va plus loin encore. En effet, les principes de fonctionnement de la démocratie représentative sont eux-mêmes pour beaucoup dans la faible participation des citoyens aux élections organisées dans leur pays.

Nous avons vu, avec une grande satisfaction, l’extension du droit de vote à toutes les couches sociales sous réserves de certaines conditions expressément mentionnées dans les dispositions officielles de chaque pays. Mais paradoxalement, pourrais-je dire, certaines des mêmes dispositions donnent aux électeurs la possibilité de ne pas voter s’ils estiment que les conditions ne sont pas remplies pour qu’ils accordent leur assentiment aux candidats qui sollicitent leur soutien.

L’exemple éphémère du vote obligatoire institué par certains pays n’a pas beaucoup apporté à cet égard. Telles sont donc, brièvement présentées, les raisons qui font qu’un million et demi de citoyens sur une population de douze millions d’habitants peuvent valablement élire un président de la République, en Guinée par exemple.

 L’Electeur

Monsieur le Candidat, plus nous poursuivons ce dialogue et plus grandit en moi le sentiment de vouloir faire de la politique. Est-ce le but que vous recherchez en vous mettant si patiemment à mon écoute ? Au fait, quel est aujourd’hui l’effectif total réel de la population guinéenne ? Quels sont, au sein de cette population, ceux qui peuvent valablement  voter ? Que se passe-t-il à cet égard dans l’expérience actuelle de la Guinée ?

Le Candidat

Vous posez là encore quatre questions importantes. A la première question, je répondrai à la normande par  oui et non. Voyez-vous ? Il est presque impossible à un citoyen de ne pas faire la politique. Chacun de nous est quotidiennement confronté au fait politique.

Quand vous réclamez, par exemple, à juste titre, l’obtention de l’électricité, lorsque vous vous plaignez, à bon escient, de la pénurie d’eau potable, quand vous protestez contre le prix du sac de riz, quand vous vous indignez de ne pas pouvoir accéder aux soins de santé, lorsque vous déplorez le manque de moyens de transports en commun, etc. etc. vous êtes en plein dans la vie politique de votre pays.

Ce n’est pas toujours conscient. Mais la réalité n’en est pas moins vraie. Il en est ainsi parce que la politique régit la vie présente et à venir de chacun de nous. C’est elle qui décide de ce qui doit être fait, révèle ce qui se fait et détermine ce qui devra être fait. Il est difficile de dire de manière catégorique qu’on ne fait pas ou qu’on ne fera pas la politique. Nombreux sont ceux qui ont juré de ne point se mêler de la politique et qui, du jour au lendemain, s’y sont trouvés irréversiblement engagés pendant de longues années.

J’ai connu personnellement un ingénieur hautement qualifié, issu à la fois de l’enseignement français et américain qui témoignait d’une aversion pour la politique. Il était allergique à tout ce qui, de son point de vue, ressemblait au fait politique. Mais l’homme était disponible et généreux. Il était prêt à mettre ses compétences au service de tous, particulièrement au service de ses colocataires de l’habitation à loyer modéré, HLM, où il habitait, dans une ville de province française.

Et voilà que se posent un certain nombre de problèmes au niveau des espaces communs de son lieu de résidence. Un jour, il reçut une convocation à l’assemblée des locataires pour tenter de résoudre ces problèmes d’inconfort qui avaient tendance à perdurer. Il répondit à la convocation avec la ferme intention de rester un simple observateur.

Pendant les débats, il demanda néanmoins la parole pour donner son avis sur certains des problèmes évoqués. Son intervention fut saluée par un tonnerre d’applaudissements. Il en fut surpris et, par crainte d’être impliqué d’avantage, il décida de garder le silence pour la suite des discussions. En vain ; car dans les débats relatifs aux propositions de solutions aux problèmes identifiés, il avait quelques idées.

Les taire en la circonstance, le ferait passer pour un de ces intellectuels égoïstement suffisants. Ce n’était point son genre. Surtout qu’il s’agissait là de considérations particulières. Y contribuer n’engageait en rien politiquement. Le voilà donc qui redemande la parole pour suggérer un panel de propositions aussi sensées les unes que les autres. Il déclencha à nouveau une ovation assourdissante.

A la fin de la réunion, le besoin se fit sentir de former une délégation devant transmettre aux autorités compétentes en matière d’urbanisme, les propositions faites par l’assemblée des locataires. L’unanimité des participants désigna notre ingénieur « apolitique » pour faire partie de la délégation. Il exprima son désir de ne point s’impliquer dans le domaine de la politique. Rien n’y fit. Il était déjà victime pour ainsi dire du succès dû à ses brillantes interventions.

Et ce n’était pas terminé. Les membres de la délégation furent, à leur tour, unanimes à le désigner comme leur porte-parole. Il accepta avec l’arrière-pensée qu’il ne se laisserait plus jamais prendre à ce type de piège. Et les voilà  donc partis à la recherche des solutions souhaitées. Tout se déroula comme sur des roulettes.

De retour au domicile, ce fut une explosion de joie. Toutes les revendications avaient obtenu une promesse ferme de réalisation. Et Monsieur l’ingénieur fut sacré porte-parole permanent des locataires pour tous les problèmes qui viendraient à se poser. Depuis, il devint le personnage le plus apprécié de l’immeuble.

On commença à lui demander des rendez-vous pour des problèmes individuels de plus en plus nombreux. Au fil du temps, son appartement devint presque un lieu de rendez-vous des locataires. Les causeries n’en finissaient plus.

C’est ainsi qu’un week-end, les colocataires rassemblés chez lui le contactèrent pour un projet qu’il ne pouvait guère imaginer : celui de sa candidature au poste politique de maire de la ville. Pour faire court, cet ingénieur « apolitique » occupa le poste politique de maire de sa ville pendant au moins dix-huit ans. Lorsqu’il fut contraint d’abandonner la mairie ce fut avec les regrets de presque toute la ville, tant il avait favorablement marqué ses administrés par ses réalisations.

 Comme on le constate à travers cet exemple, il est souvent difficile d’échapper à la politique. Elle est présente dans toutes les manifestations de la vie en société. C’est pour cela que chaque citoyen devrait assumer son devoir envers sa communauté d’appartenance en participant à la désignation des hommes et des femmes appelés à penser, à décider et à agir en son nom. Vu sous cet angle, le vote constitue la première manifestation des droits inhérents à la nationalité.

Pour ce qui concerne la seconde question, je vous dirai simplement que si l’on accorde tant d’importance au processus de recensement en cours, c’est parce que c’est la base qui détermine dans une large mesure la transparence électorale.

Comment pouvez-vous contrôler l’équitable répartition des votes si vous ne connaissez pas avec précision le nombre exact des votants ? Vous avez constaté que tous les deux, nous avons évoqué la population guinéenne en des termes approximatifs. Il nous faut effectivement savoir combien nous sommes au total. Et combien sont électeurs, voire éligibles. Ce sont des considérations qui renvoient sans cesse aux droits inhérents à la nationalité. Je vous l’ai déjà dit plus haut.

En ce qui concerne la troisième question, elle porte directement sur la nécessité pour les partis politiques d’informer et de former les citoyens.

En Guinée, les conditions d’électeur et d’éligibilité sont assez clairement définies dans la loi fondamentale et dans les lois électorales notamment dans le code. Ces conditions concernent aussi bien l’électeur que vous êtes, que le candidat que je représente. Nous y reviendrons quand la campagne sera ouverte. C’est une question très importante pour la transparence électorale que nous souhaitons tous dans notre pays.

Djibril Kassomba CAMARA

 A suivre… ..

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