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La suite de notre document relative au civisme

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Le civisme c’est quoi même ! (Deuxième partie)

Depuis 1993, l’enthousiasme suscité par la téléphonie a commencé à s’estomper. Il est redevenu plus difficile, voire impossible de joindre quelqu’un dans la capitale guinéenne. Même les services possédant des téléphones n’y parviennent pas toujours dans des délais souhaités. Les pannes de courant et la corruption ne sont pas étrangères à la situation.

Bien plus, des compatriotes de plus en plus nombreux ont, à leur tour, réussi à installer à leur domicile les lignes téléphoniques pirates. Le nombre de ces lignes clandestines est incroyablement important au regard des lignes officiellement attribuées, donc susceptibles de payer des redevances. L’essentiel des recettes de téléphones appartient donc à une puissante économie souterraine. Cela se passe au su et au vu de maints responsables du secteur considéré. Parfois même avec leur participation soit à l’entreprise, soit en qualité de clients assidus des entreprises clandestines. On peut comprendre que le caractère dérisoire des salaires, pour ceux qui en perçoivent, les nécessités de survie pour ceux qui sont livrés à eux-mêmes, poussent à de telles pratiques. Il est surprenant dès lors de voir l’Etat <<démissionner>> de ces secteurs incontrôlables sous le couvert d’un désengagement insuffisamment préparé, habilement prôné et fortement soutenu par des bailleurs de fonds peu soucieux du redressement effectif de la Guinée. L’important pour eux étant que la Guinée s’intègre, en sa qualité de pays fournisseur de matières premières et consommateur de produits finis, dans un système économique mondial qu’ils contrôlent de mains de maîtres. Tant pis si la Guinée continue de s’appauvrir au point de se voir classée par des experts du même bord, selon des critères contestables à bien des égards, 173ème sur 173.

Il convient donc que les responsables d’abord, les gouvernés ensuite, prennent la mesure d’une telle situation avant de se lancer, chacun en ce qui le concerne, dans des pratiques qui nous rendent plus vulnérables encore. Ce n’est peut-être pas par hasard que plus on nous aide, plus nous sommes pauvres. C’est pour le moins paradoxal.

Quels que soient les mobiles de ceux qui agissent de la sorte, ils doivent comprendre que leur attitude prive le pays des moyens qui lui font cruellement défaut pour son redressement. Que tous les Guinéens soient aujourd’hui heureux de vaquer librement à leurs affaires, rien de plus normal que tous souhaitent voir notre pays évoluer favorablement, à commencer par sa capitale, rien de plus légitime. Mais pour que cela soit, nous devons savoir avant tout que l’Etat guinéen, c’est d’abord et avant tout nous les <<citoyens>>. Rien de positif n’est possible en Guinée sans l’implication consciente des Guinéens.

Il est en revanche anormal et inquiétant de constater que personne n’accorde aux moyens d’action l’importance qu’ils requièrent dans notre cas. C’est, pense-t-on en toute quiétude, l’affaire de l’Etat. Mais l’Etat, c’est nous. Ses initiatives et actions sont inspirées par nos besoins. Les moyens dont il peut normalement disposer sont dans nos mains. Sa réussite ou ses échecs sont les nôtres sous tous les aspects, notamment dans leurs conséquences négatives.

Mais si cette identité devant le devoir national est réelle et incontournable, il en est autrement de la façon de parvenir aux résultats. Le temps de l’Etat-providence est révolu depuis bien longtemps. Il n’y a pas non plus coïncidence spontanée entre les intérêts particuliers et l’intérêt supérieur du pays. Il faut en être lucidement conscient.

Pour ces différentes raisons, nous devons faire preuve de sens civique, accepter et appliquer les décisions prises pour peu qu’elles servent l’intérêt général. Sans doute, cela est-il difficile à faire. Mais je persiste à croire qu’il y a bien des domaines où chaque Guinéen peut servir son pays en bon et loyal citoyen. Dans cette optique, notre devoir élémentaire consiste avant tout à admettre que l’Etat dont on attend tant, ne dispose, pour l’essentiel, que des ressources financières provenant des impôts et diverses taxes que nous sommes censés lui payer. Impôts sur le revenu, taxes d’import-export, redevances d’électricité et de téléphone, timbres, bénéfices de sociétés industrielles et commerciales, recettes douanières, taxes domaniales, contraventions diverses, etc.

Or, même si l’on recouvrait pleinement tous ces impôts, ils ne suffiraient pas à ouvrir les besoins de financement du pays. A fortiori, cette insuffisance est-elle plus accusée lorsque, comme c’est le cas, de nombreux compatriotes et certains étrangers font preuve de génie pour échapper à toute contribution. Il est surtout préoccupant de voir avec quelle satisfaction personnelle les agents évoqués se targuent de ne pas payer ni électricité, ni taxe d’aucune sorte. Pourtant les mêmes agents précisément parce qu’ils ne paient rien, usent et abusent de la consommation  d’électricité et de téléphone, pour ne citer que les cas les plus manifestes. Il serait peut-être intéressant d’évaluer le manque à gagner dû à de tels comportements et d’en informer la population guinéenne. Il est évident que cela a des retombées sensibles sur la situation socio-économique de la Guinée. Il contribue à retarder l’évolution du pays vers le progrès. D’autant plus que nous sommes, nous Guinéens, unanimes à prôner une politique de développement essentiellement axée sur nos ressources propres. Il y a là, un exemple de contradiction dont la persistance et la généralisation constituent, à notre avis, un sérieux obstacle à toute volonté nationale de redressement. Il convient donc que tous les Guinéens dans leurs actes quotidiens, en soient conscients et tentent sinon d’y remédier, du moins d’en limiter la pratique. Le pays y gagnera indubitablement, à la condition, pour y parvenir, de commencer par le bon bout.

<<Le poisson pourrit toujours à partir la tête>> dit-on souvent. Dans ces conditions, en effet, l’appel au civisme risque de rester sans incidence si les dirigeants du pays n’en donnent pas l’exemple. Ils doivent avoir à l’esprit que leur comportement, y compris dans leur vie privée, constitue une référence pour le commun des Guinéens. L’intégrité et la ponctualité des responsables ont un impact certain sur leurs administrés. De même, les détournements, l’absentéisme, le laisser-aller d’un responsable déclenche une chaîne d’imitations au sein de la population. Être conscient de cela et résolu à y remédier, c’est déjà garantir nos chances de succès dans le combat contre le sous-développement. Pour la Guinée, ceci est un impératif à observer si l’on veut sortir du <<troupeau attardé>> des sous-développés. Car, faut-il le rappeler avec insistance, aucun autre pays, aussi philanthrope soit-il, ne peut résoudre les problèmes Guinéens dans l’intérêt de la Guinée. Nous vivons désormais dans un monde du chacun pour soi>>. Il est utile que nos dirigeants donnent le bon exemple, en restant conformes aux décisions arrêtées par les lois du pays, en respectant rigoureusement leur application. Cela leur conférera la confiance et l’autorité indispensable à l’accomplissement des charges qui leur incombent et qui sont loin d’être faciles.

Puisque gouverner c’est prévoir, c’est ici et maintenant que nous devons inscrire dans notre programme éducatif, un enseignement civique allant des écoles maternelles aux lycées, en passant par les centres d’apprentissage, sans oublier les familles, les écoles privées, les institutions religieuses, etc. C’est à ce prix que nous pourrons préparer nos enfants et petits-enfants à mieux connaître la Guinée et à l’aimer pour un jour la servir avec conviction et efficacité. C’est assurément une entreprise de longue haleine. Mais une entreprise passionnante, noble et mobilisatrice. A la condition bien sûr d’y croire, en honnête citoyen conscient et responsable.

Djibril Kassomba CAMARA

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