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Au nom de quel peuple ?

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Les Guinéens sont décidément un peuple martyr. Depuis 1958, le pouvoir n’a jamais été transmis de manière pacifique dans le pays d’Ahmed Sékou TOURE. Le 3 Avril 1984, à la disparition du Grand Syli, l’armée fait une irruption sur la scène politique guinéenne et crée un Comité Militaire de Redressement National, pour redresser quelle situation ? S’en est suivi une purge notoire, des règlements de compte, une caporalisation des valeurs de dignité, un enrichissement d’une soldatesque aux ordres, ‘’Au nom du peuple’’.

Depuis cette date la descente aux enfers ne s’est pas arrêtée et les Guinéens dans leur grande majorité ne font que subir un destin hors du commun pour un pays où tout devrait être facile avec toutes les potentialités que les économistes égrènent depuis la nuit des Temps.

Il y a dix ans aujourd’hui, jour pour jour, suite au décès d’un autre satrape qui avait conduit durant deux décennies les destinées de la Guinée, un certain capitaine Dadis CAMARA faisait lui aussi irruption sur la scène politique, lui aussi ‘’au nom du Peuple’’, pour fustiger tout ce que le précédent régime avait à son actif. Cette dernière aventure fût brève mais sanglante pour le peuple martyr de Guinée. La soldatesque avait pris goût au pouvoir au point de lui tourner la tête. Moussa Dadis CAMARA qui proclamait haut et fort à ses débuts, ‘’être venu pour balayer la saleté, redresser des torts et remettre au bout d’un moment le pouvoir aux civils’’ devenait de plus en plus inaccessible, refusait systématiquement tout compromis avec la société civile, déménagea le pouvoir dans un camp retranché où des Dadis-show régalaient un peuple sans boussole et désormais sans repères. En cela Moussa Dadis CAMARA n’avait rien inventé. Il avait appliqué une des pensées du Grand Timonier, le Président Mao-Tsé-toung, que ‘’le pouvoir est au bout du fusil’’. Mais la ressemblance s’arrête là.

Le 28 Septembre 2009, à l’aube, des hommes en armes se sont réveillés avec la funeste volonté d’en finir avec un peuple sans armes. Un peuple qui ne demandait pas plus qu’un retour de la soldatesque dans ses casernes, selon les premières déclarations de la junte quelques mois plus tôt. La suite, c’est un massacre sans retenue, des femmes violées, des disparitions forcées en toute impunité. L’histoire retiendra que ce jour qui devrait magnifier la fierté des Guinéens, est devenu synonyme de deuil et de désolation. Un jour où la Grande Muette a choisi de massacrer son propre peuple !

En 2019, dix ans après, le Président en exercice, élu dans les conditions que chacun de nous a vécu, Alpha CONDE, sur qui l’espoir de tout un peuple reposait pour conduire vers sa finalité sur les rails d’une démocratie vraie ce peuple, d’autres sirènes révisionnistes sont venues polluer cette Longue Marche. Alpha CONDE, lui aussi se réfugie derrière ce vocable de la volonté du Peuple.

Aujourd’hui plus qu’hier, les voyants sont au rouge, les cœurs sont meurtris, la confiance n’est qu’une illusion d’optique dans les différentes chapelles politiques, le pouvoir est de plus en plus décrié, la désobéissance civile est à tous les étages de l’Etat. La mal gouvernance transpire dans tous les compartiments de ce qui reste un semblant d’administration, le népotisme a pris l’ascenseur et le mérite n’est plus magnifié.

A l’aube du 28 Septembre 2020, les Guinéens souhaitent dans leur grande majorité que les démons du 28 Septembre 2009, ne soient plus un sujet de préoccupation majeur dans leur sommeil et dans leurs cœurs.

S.TOURE

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