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L’Immigré un envahissseur’’

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Aucun de ces braves « sauvages » ne semble avoir mérité un si grand honneur ! Cela paraissait normal bien entendu. On ne pouvait tout de même pas admettre qu’un « sauvage » puisse se distinguer dans une affaire d’hommes « civilisés ». Les guerres évoquées impliquaient courage², instruction, intelligence, savoir-faire, sens de l’honneur et amour de la liberté. Toutes choses qui, aux yeux des envahisseurs de l’époque, faisaient cruellement défaut aux braves tirailleurs sénégalais. Au fait, comment ont-ils pu contribuer à la libération en tirant ailleurs que sur les véritables cibles ennemies ? Leur appellation était-elle justifiée ? Qu’importe!
Chair à canon, le seul mérite de ces derniers aura peut-être été d’avoir surpris et épouvanté l’ennemi. C’était peu pour mériter une distinction et figurer, en première ligne et de façon explicite, dans l’histoire de ce qui fut pourtant leur patrie, fut-elle imposée.
Les plus remarqués d’entre eux n’eurent donc droit qu’à des strapontins derrière les beaux et confortables fauteuils d’honneur réservés à leurs homologues blancs. Il en fut ainsi, par exemple, du gouverneur Félix Eboué dont le nom figure en lettres minuscules sous le célèbre nom de Daumesnil , dans le douzième arrondissement de Paris. Une fois de plus, on les évoquait sous l’appellation générique de « soldats inconnus ». On serait tenté de dire : inconnus de la Patrie. Patrie ? Un mot que j’ai trop souvent entendu dans le passé, dans mon enfance scolaire. Il y a très longtemps de cela. Mon maître d’école me parlait alors de « nos ancêtres les Gaulois ». Je ne me souviens plus très bien. Je crois qu’il disait que « France » était le nom de ma patrie. Il me faisait alors réciter des tas de beaux textes tels que « France, mère des Arts, des Armes et des Lois, tu m’as longtemps nourri du lait de ta mamelle… » Il me faisait également chanter la Marseillaise à l’école, tous les matins, à la levée des « couleurs » du drapeau français. Le blanc est-il donc une couleur comme le bleu, le noir ?
Tout cela a fini par me laisser la forte impression que ce pays était un paradis où il faisait bon vivre. Enfant, je rêvais d’y aller un jour. C’était, par la force des choses, l’objet unique de mes rêves juvéniles. J’étais loin d’être seul dans cette situation. Même mes parents, qui n’avaient pourtant jamais fréquenté l’école française, ne juraient que par le pays de Calcul. La dépendance était solidement établie et pour longtemps.
Pour nombre de ces nouveaux civilisés, je devrais plutôt dire assimilés, voir Paris était devenu une raison d’être. L’impact imperceptible mais réel de la colonisation avait efficacement porté fruits.
Et quand Charles De Gaulle, ce grand homme qui portait si bien le nom de la patrie incarnée, annonça, dans la ville africaine de Brazza, sans doute par cas de conscience, son intention d’associer progressivement enfin les indigènes « civilisés » à la gestion partielle de leur pays, ceux-ci, débordant d’espoirs et d’enthousiasme, revendiquèrent l’indépendance totale et immédiate. Vous rendez-vous compte ? Il y en eut même qui osèrent « orgueilleusement » s’opposer à la volonté du « Père de La Nation française ». Ils poussèrent leur arrogante « ingratitude » jusqu’à préférer « la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage. » Il n’en fallait pas davantage pour déclencher le courroux de « Papa de Gaulle » et le douloureux processus d’un divorce aux conséquences lourdes pour les parties en présence. Conséquences qui perdurent encore en s’aggravant ; car le Général avait promis de ne jamais pardonner un tel affront fait à la France et lui-même. A quoi Foccart avait ajouté : «Alors, Monsieur le Gouverneur, si Sékou vote NON, tant pis pour la Guinée !Ce qui reste clair, c’est que l’avenir des peuples d’Afrique ne dépendra ,demain, que de la manière dont ils vont, dans ces instants critiques, couper le cordon ombilical qui les lie présentement à la Métropole. S’ils se séparent en bon terme, l’indépendance aura des bases solides. Dans le cas échéant, c’est élever un château-fort sur du sable.»

Le divorce consécutif à l’indépendance
C’est ainsi que ces « sauvages » qui avaient été tour à tour, sujets, assimilés, puis français malgré eux, se séparèrent de la France. Il faut croire que malgré les hauts faits d’arme de certains d’entre eux, leur propre liberté restait à conquérir. Les raisons de la rupture ainsi consommée ont fait, continuent de faire couler beaucoup d’encre. Elles seraient longues à exposer ici. Retenons simplement qu’au pays des indigènes, après coup, tous s’accordèrent à considérer l’étranger si aimablement accueilli naguère par leurs ancêtres, comme un envahisseur ingrat, cynique, inhumain, usurpateur cupide, insatiable, hautain, paternaliste, impitoyable et rusé qui visait son intérêt et celui de son pays et qui, par conséquent, portait bien son nom d’envahisseur.
Les conséquences du divorce furent nombreuses et variées. La plus imprévue d’entre elles reste ce qu’on observe aujourd’hui et qu’on peut considérer comme une « irrésistible invasion à rebours » et qui constitue le problème majeur des pays développés naguère acteurs et bénéficiaires du partage de Berlin, comme la France. C’est un homme politique d’envergure, gaulliste de surcroît, qui nous l’apprend solennellement. Il confirme de ce fait, ce qu’une fraction toujours croissante de la population française pense et depuis fort longtemps. Nombre de députés français doivent aujourd’hui, pour l’essentiel, leur siège à l’Assemblée nationale française à l’immigration. Qu’adviendrait-il de leur carrière politique, quand on aura expulsé les immigrés ? Si jamais on y parvient? N’oublions pas, en effet, que la nature a horreur du vide et que tout acte d’un être humain, ici-bas, le rattrape toujours. C’est dire qu’à travers l’immigration, les pays dits développés sont en train de récolter les fruits paradoxalement amers des « bienfaits » qu’ils prétendent avoir réalisés ailleurs. Sans doute que l’esclavage, le travail forcé, l’éducation, etc. ont eu des effets positifs dans les pays occupés. On n’en veut pour banale illustration que l’esprit critique et le devoir de probité intellectuelle prodigués consciemment ou non aux cadres des anciennes colonies. Dans cette optique donc, la logique aurait voulu qu’on laissât le soin aux Africains eux-mêmes d’apprécier la portée réelle de ces « bienfaits ». Ce ne fut pas le cas pendant très longtemps. Visiblement, Ce n’est toujours pas le cas au regard des faits historiques et contemporains.

En attendant le démenti formel des vues démagogiques évoquées plus haut, les immigrés ont encore et pendant longtemps le dos très large. Il en sera ainsi particulièrement à l’approche des échéances électorales. C’est la preuve par l’absurde de leur importance inavouée mais largement exploitée sur le plan politique et surtout économique au profit des anciens colonisateurs. On retrouve d’ailleurs, à une échelle plus grande, un phénomène semblable au sein de l’organisation des Nations unies à propos des chefs d’Etats africains. C’est un legs historique persistant de la colonisation aux anciennes colonies qui entendent bien en faire un usage utile.
L’immigré, un bouc émissaire utile
L’on observe qu’un malaise permanent s’est instauré en France, par exemple, mais pas seulement, depuis précisément le début de la décolonisation. Ce malaise s’est aggravé pour devenir une sérieuse crise socio-économique contagieuse dans les anciennes puissances coloniales et au-delà. Personne n’a voulu regarder en face ni à plus forte raison mettre en exergue cet aspect primordial des conséquences du divorce évoqué plus haut. On a aujourd’hui quelque scrupule à reconnaître la place et le rôle de ceux qui naguère furent des acteurs déterminants de la promotion socio-économique des pays aujourd’hui dits développés. Les faits en disent pourtant bien long. L’effectif des chômeurs par exemple y est croissant au point de se chiffrer par millions. La délinquance, le vandalisme, les vols à main armée, les braquages, des enlèvements, des viols et autres prostitutions y sont devenus légion.
En 1960, ma première année en France, on ne voyait pas de photos pornographiques dans les kiosques non spécialisés. Les Français de souche étaient rarement en chômage. On observait une courtoisie entre les passagers du métro. Par exemple pour descendre on vous disait poliment ceci : « Veuillez m’ouvrir la porte s’il vous plait ». Cinq ans plus tard, c’est devenu : « ouvrez la porte s’il vous plait ». Dix ans plus tard, « la porte s’il vous plait ». « la porte ». Et maintenant le passager qui descend vous emporte avec lui si vous vous trouvez sur son chemin. Et le processus continue en s’étendant à des secteurs insoupçonnés.

Face à cette détérioration socio-économique préoccupante des pays considérés, -ô malédiction- les systèmes politiques de tous bords paraissent incapables de trouver les solutions adéquates. Pour dissiper les craintes et détourner l’attention d’une population anxieuse et de plus en plus exigeante, nombre de responsables politiques démagogues désignent un bouc émissaire : l’immigré. La France en est envahie ! On en dénombre désormais quatre millions disent certains. Autant que de chômeurs français ! Moins, affirment les autres.
En juillet 2016, le nombre de chômeurs avoisinait les sept millions en France. Les immigrés sont considérés comme la principale cause de ce malaise. Presque tout le monde est d’accord pour en limiter le nombre par tous les moyens et dans les meilleurs délais. « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde . Paradoxalement, c’est le contraire qui se produit. L’invasion à rebours continue d’inonder les pays développés de manière incontrôlable et tragique. A l’accord unanime pour le partage de Berlin succède ainsi un désaccord profond sur l’accueil des envahisseurs à rebours. Alors que Jean Profit Calcul et ses successeurs furent des envahisseurs privilégiés, chaleureusement accueillis avec hospitalité, Fodé, Yaguine et leurs semblables sont des victimes qui viennent tragiquement périr par centaines voire par milliers aux portes «des paradis rêvés », dans l’indifférence, la complaisance, voire la complicité silencieuse de leurs pays d’origine respectifs. Ne parlons pas du traitement atroce et multiforme dont ils sont l’objet sur le chemin de l’aventure ! Pourtant le courant migratoire se poursuit sans discontinuer. Nombre de pays matériellement nantis, à l’instar de la France, espèrent encore pouvoir arrêter le flux migratoire.
Pour ce faire, une double action semble s’imposer en priorité : freiner les vagues des arrivées et expulser les envahisseurs indésirables qui sont déjà en France. Des débats houleux et plus ou moins passionnés n’en finissent plus d’animer tant les réunions de quartier que l’hémicycle des représentations nationales. Des textes relatifs aux immigrés sont de plus en plus nombreux. Certains de ces textes proposent de régulariser la situation des immigrés déjà installés. D’autres sont pour la suppression pure et simple des avantages matériels qui les attirent en France. Une campagne d’incitation à la haine raciale se profile à l’horizon. Les rares voix de sagesse qui s’élèvent çà et là n’y peuvent visiblement pas grand-chose. Il faut expulser les immigrés. « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde » répète-t-on à l’envi. Pour y parvenir, les raisons ne manquent pas. Il y a tout d’abord à distinguer entre Français de sang et Français du sol. Il y a ensuite que « les immigrés sont bruyants, voleurs et que leurs odeurs… » Ils nous prennent notre pain, nos femmes, notre boulot. Tout cela à un moment où les restaurants du cœur de Coluche constituent un spectacle désolant pour un pays dit développé. Dire qu’il y a des Français qui veulent faire participer les immigrés aux élections concernant l’avenir de la France !
Tout sauf ça. Trop c’est trop. D’ailleurs le seuil de tolérance est atteint depuis bien longtemps. En conséquence, plus d’accueil de familles d’immigrés. Fini le regroupement familial légalement instauré jusqu’ici. Point d’inscription d’enfant d’immigrés à l’école. Désormais il faut taxer les invitations que les immigrés en situation régulière envoient à leurs ayants-droit. Ceux qui abritent des clandestins seront purement et simplement privés des droits sociaux et économiques régulièrement acquis. Il revient aux responsables locaux français d’en décider. Il leur suffit de poser convenablement les « bonnes » questions et d’inviter habilement leurs administrés à soutenir leurs projets. Le reste suivra. La France est un pays de vieille tradition démocratique ! Un pays des droits de l’homme. Rappelons-le pour mémoire.
Avec l’expulsion des immigrés, plus de problèmes. Les chômeurs français retrouvent du travail. Les odeurs disparaissent. La sécurité et le calme reviennent. Les banlieues retrouvent leur vocation normale de résidences paisibles et accueillantes. En un mot, la France entière sans les immigrés redevient le paradis qu’elle était au moment où elle a pourtant envahi le pays des « sauvages ». Séduisant pour un programme électoral, non ?
Inutile d’insister sur le caractère erroné de ces propos. De nombreux exemples et arguments pourraient le démontrer. Tenez, exemple simple, Montbéliard1 ! Vous connaissez ? C’est une localité française du département du Doubs, qui a vu ses activités se réduire à la suite du départ volontaire de quelques familles d’immigrés, originaires de l’Afrique du nord.
Le 22 Août 1992, aux environs de 23 heures, une émission de France 3 révélait que les conséquences de ce départ étaient encore effectives dans la région. Les témoignages ne manquaient pas. En voici un très édifiant. Il s’agit d’une commerçante qui avait conçu et organisé son activité en fonction des immigrés. Elle avait trouvé en eux une clientèle sure, fidèle et honnête qui empêchait son commerce de péricliter. Elle n’hésita donc pas à déplorer publiquement le départ des immigrés. Elle reconnut en avoir été réduite au chômage depuis.
La commerçante est loin d’être une exception. Les plaintes consécutives au départ des immigrés furent plus nombreuses qu’on ne croyait : tel épicier du coin se plaignit du manque de clients. Le boucher du coin s’inquiéta de ne point faire de chiffre d’affaire. Des écoles publiques et privées furent obligées de fermer des classes faute d’élèves. Les enfants d’immigrés étaient partis. Les professeurs d’école qui étaient chargés des classes supprimées devinrent des chômeurs. Il fallait leur trouver de nouveaux postes d’enseignants. Les personnes âgées qui complétaient leur maigre retraite par les loyers de leurs appartements ou de leurs chambres de bonne se plaignirent d’une baisse sensible de leur pouvoir d’achat. Il va de soi que cette énumération est plus longue qu’elle ne paraît. On pourrait utilement y ajouter les pharmaciens, les hôpitaux, les transports urbains, etc. se plaignant tous d’une baisse sensible de leur chiffre d’affaire. Les conséquences du départ des immigrés touchèrent tous les secteurs d’activité de la commune. Que dire en effet des transports, des médecins, des petits commerçants, des pharmaciens, etc.
Dans le même ordre d’idée, Monsieur Raymond Soubie, économiste français invité à l’émission confirma à sa manière les propos de la commerçante : « le départ des immigrés serait une catastrophe pour la France », affirme-t-il avec force.
Il est pour le moins surprenant d’observer que même les hommes politiques avertis parlent peu d’un exemple si révélateur de vérité. C’est à s’interroger avec gravité sur les véritables raisons de leur silence ? En réalité, l’exemple de Montbéliard est quelque peu gênant. Il remet en question beaucoup d’idées reçues, silencieusement et largement partagées qui tendent à présenter les immigrés comme les principaux responsables du mal français.
Que se passerait-il, en effet, si plusieurs cas analogues se produisaient simultanément ? Il n’est pas certain que les vues optimistes avancées ici et là se réaliseraient. Ma qualité d’immigré de longue date m’autorise même à affirmer sans hésitation le contraire. La crise que connaît la France serait indéniablement plus grave et contagieuse pour tous les pays développés . Un curieux témoignage vient d’ailleurs conforter mon sentiment.

A suivre

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