Take a fresh look at your lifestyle.

Le paradoxe guinéen

A quand la fin du paradoxe guinéen ?

83

 

A quand la fin du paradoxe guinéen ?

En répondant négativement au projet d’une communauté franco-africaine, la Guinée focalisa sur elle le regard attentif du monde entier. Tous les observateurs découvrirent alors ce petit pays de 245000 km2. Un creuset inimaginable de ressources multiples et variées dont la découverte donna lieu à une pléthore d’appellations élogieuses : Suisse d’Afrique, château  d’eau de l’Afrique occidentale, scandale géologique, etc. Toutes choses qui inspirèrent et entretinrent une légitime aspiration au bonheur. Et pourtant, soixante ans après l’indépendance  de leur pays, les Guinéens n’en finissent pas de souffrir. Paradoxal non ? Ah ! Si  l’élection du président Alpha Condé pouvait mettre un terme à ce paradoxe ! C’est le sens de cette interrogation. En tout cas, le pays est doté de suffisamment d’atouts à cet égard. Jugez-en plutôt.

Un pays en forme de croissant

Curieux destin tout de même que celui de la République de Guinée ! Un  merveilleux pays ! Un des plus beaux de l’Afrique de l’Ouest, chauvinisme mis à part. De nombreux témoignages d’observateurs avisés abondent dans le même sens. Jean Rouch, le premier, campe le décor en ces termes.  «  Et dans ces mots : ville contaminée, il y a toute la jalousie, toute la rivalité entre Conakry et Dakar. La première se souvenant qu’elle a failli être choisie comme capitale de l’Afrique occidentale et enviant à l’autre son commerce, son mouvement de navires, sa prospérité toujours en progrès et la seconde qui voudrait bien changer ses sables et son désert pour les arbres, les ruisseaux, les cascades, la verdure luxuriante qui font de Conakry la plus belle ville coloniale du monde »[1]

Sa forme de croissant aux contours irréguliers témoigne des découpages historiques qui ont déterminé sa configuration actuelle. Qu’à cela ne tienne, le pays est doté d’atouts exceptionnels à tous égards. Mais il demeure un pays à paradoxe. Celui-ci apparaît tout d’abord dans l’écart raisonnablement inexplicable entre le potentiel socio-économique  considérable du pays et la relative pauvreté de sa population. Il procède ensuite du décalage entre les nombreuses et nobles initiatives que la Guinée a pu inspirer et qui ont connu un certain succès partout sauf dans notre pays. Tout cela a fini par conféré à notre chère Guinée non pas l’image de cet Etat pilote dont a  parlé  Philippe Gigon, mais bien celle d’un « éternel pionnier éphémère des grandes causes. »Il est tentant de s’interroger sur le pourquoi d’une telle situation ? Alors que tout ou presque tout milite en faveur d’un pays prospère, où il fait bon vivre. Ce sentiment d’abondance en tout et partout dans le pays serait-il pure illusion ?

  Un peuple pacifique, courageux et épris de liberté.

Avec une superficie de 246 000 km2 et une ouverture côtière sur l’extérieur de 300 km, la République de Guinée compte environ 13 millions d’habitants. Plus du tiers de cette population vit en dehors des frontières nationales. C’est une population jeune qui a la réputation d’être dynamique, intelligente, créative, pacifique et jalousement attachée à sa liberté.

Pourtant, malgré ces qualités, les Guinéens semblent réussir partout dans le monde sauf dans leur propre pays. Paradoxal non ?

Le « château d’eau de l’Afrique »

Château d’eau de l’Afrique occidental, la République de Guinée est parcourue  dans tous les sens, par d’innombrables cours d’eau qui confirment cette appellation. Le pays  donne en effet naissance à la plupart des fleuves qui irriguent le continent africain. Il en est notamment ainsi du Niger,  du Sénégal et de la Mano River, très connus pour avoir généré des groupements africains de même nom. Ces cours d’eau sont pour la plupart poissonneux et navigables sur une large partie de leur étendue. Par ailleurs une pluviosité abondante alterne, à durée sensiblement égale, avec une saison ensoleillée de six mois. Quand on sait que l’organe humain comporte 80% d’eau, que de ce fait, l’eau est source de vie et que la pénurie d’eau peut entraîner une mort subite, on peut se faire une petite idée de l’importance qu’elle représente dans la vie des êtres humains, des animaux ainsi que des végétaux. C’est donc un atout majeur pour le développement durable d’un pays comme la Guinée. Atout majeur avons-nous dit mais pas exclusif.

 

 

 

 

Un couvert végétal riche et varié.

Le pays jouit, en effet, d’un couvert végétal riche. Les traits dominants de cette végétation sont  surtout une savane et une forêt dense de 130.000km2[2].

Cependant, on peut observer partout des arbres fruitiers offrant au pays une gamme variée de produits à valeur d’usage et d’échange inestimable. Aucun de ces atouts ne fait pour le moment l’objet d’une politique systématique d’exploitation rationnelle. On y est encore largement tributaire des aléas de la nature sérieusement menacée par l’exploitation du secteur minier. Pour combien de temps encore la nature tiendra-t-elle devant cette féroce agressivité de l’homme ?

Une mosaïque d’atouts touristiques

La variété du paysage, du climat et du relief ajoutée à la douce graduation des températures dans les quatre régions naturelles du pays constituent une mosaïque d’offres touristiques pour tous les goûts. La vocation touristique  du pays ne fait donc pas l’ombre d’un doute.

Secteur d’activité appelé à jouer un rôle déterminant et immédiatement rentable, le tourisme guinéen n’en est cependant qu’aux balbutiements. On ose à peine évaluer ce que serait l’apport d’un tel secteur dans le cadre d’une politique nationale de développement bien inspirée et axée sur les ressources locales.

En effet, aux yeux de tous les observateurs, la République de Guinée apparaît comme un pays touristique aux ressources abondantes, variées et encore inexploitées.

Parmi elles, « le voile de la mariée », près de Kindia, est un site de toute beauté. Une cascade d’eau ruisselant sur une façade abrupte des rochers se jette dans une espèce de bassin et entretient une fraîcheur agréable. Des arbres géants, entrelacés de lianes « tressées » dressent fièrement leurs cimes et semblent veiller scrupuleusement sur ce don précieux de la nature.

De tels atouts sont légion dans les quatre régions naturelles du pays. Que dire, en effet, de la « Dame de Mali », dans le Fouta ? Des crapauds vivipares de la région forestière ? De la forêt sacrée elle-même avec ses mystères et de ses diverses scènes d’initiation ?

Le pont de liane ne fait-il pas déjà la réputation mondiale de Nzérékoré ? Près de Macenta, en contre bas des montagnes environnantes, le lac de Sérédou constitue un microclimat fort apprécié depuis longtemps par les visiteurs, toutes catégories confondues. Outre son aspect initiatique, le…

Entre Télimélé et Gaoual, c’est le profil spectaculaire de deux rochers gigantesques qui semblent s’embrasser en surplombant l’artère principale de la région.

A Siguiri, en Haute Guinée, le « Soso Bala », ce vieux balafon dont l’origine, semble-t-il remonterait au douzième siècle, suscite bien des curiosités. Il demeure l’enjeu de convoitises permanentes entre la  République de Guinée et la République du Mali, deux pays mandingues revendiquant mutuellement la paternité du précieux symbole historique.

Avec une telle mosaïque de sites attrayants, notre pays peut opposer à la gamme variée des motivations touristiques, une offre nationale pour tous les goûts. Il se prête merveilleusement bien au dernier né des types de tourisme ; celui de l’écotourisme. Presque tous les sites guinéens semblent propices à ce modèle de tourisme plus près des hommes,  respectueux de leurs cultures et soucieux de leur bien-être et de leur environnement.

Les fans des montagnes peuvent trouver leur bonheur dans les hauteurs du  pays. Les nostalgiques du climat tempéré iraient se faire une santé à Dalaba, Pita ou Labé dans le Fouta. Les adeptes de la plaine ou des randonnées fluviales devraient pouvoir assouvir leur désir en Haute Guinée en navigant sur le Niger, Djoliba ou Milo, selon les régions traversées. Ceux des visiteurs qui préfèrent les belles plages auraient le choix entre la côte maritime et les nombreuses îles qu’abrite le pays et qui sont peu connues à ce jour.

 Des ressources halieutiques immenses à peine connues

Les ressources halieutiques du pays ne sont pas en reste. Elles sont considérables, mal connues, peu exploitées de manière irrationnelle et inefficace le plus souvent. Prioritairement aux fins d’exportations dont les recettes ne sont pas investies  dans le pays ou si peu.

Le plateau continental guinéen, d’une superficie de 56.000 km2, contient des ressources estimées à 220.000 tonnes d’espèces variées, de très haute valeur commerciale. Les prises artisanales sont évaluées à 26.000 tonnes d’espèces variées[3] de très haute valeur commerciales. Ces estimations sont indéniablement en dessous des réalités.

La pêche, activité complémentaire de l’agriculture et de l’élevage, pourrait jouer un rôle beaucoup plus important dans l’économie nationale. Des besoins croissants et de plus en plus urgents appellent ce rôle accru de la pêche : besoin d’une alimentation suffisante et équilibrée, besoin d’acquérir ou d’accroître des revenus monétaires, besoin surtout de faire contribuer un secteur aussi déterminant que celui de la pêche à un développement national durable. Peut-on inverser la tendance en faveur du développement plus significative pour le gros des Guinéens ? C’est  l’espoir que caressent tous ceux qui souhaitent faire positivement avancer la Guinée dans la lutte contre la pauvreté.

 « Un scandale géologique »[4]

C’est un slogan que l’on affirme trop souvent pour souligner l’importance des ressources minières du  pays.

Premier pays du monde pour les réserves de bauxite, avec huit milliards de tonnes, la Guinée dispose également d’un important gisement de fer au mont Nimba (deux milliards de tonnes de minerai de 65-70% de teneur en fer). Le pays recèle en outre un nombre considérable d’autres produits (pétrole,  uranium, cobalt, chrome, platine, or, diamant, titane, graphite, manganèse, pyrite…)

« Principale source de devises pour la République  de Guinée et de recettes pour le budget de l’Etat, le secteur minier contribue pour 22% à la production totale du pays et emploie environ 7000 personnes »[5] Trois gisements sont actuellement exploités. Il s’agit de la mine de Fria, des bauxites de Sangaré di et de Kindia. Il convient d’y ajouter le diamant et l’or exploités à la fois par des particuliers, la société aurifère de Guinée et par Aredor.

Aujourd’hui encore on s’interroge avec angoisse sur la contribution de toutes ces ressources au développement durable du pays. Le sentiment dominant est que l’exploitation actuelle des ressources minières  évoquées n’a toujours pas produit un effet d’entraînement significatif sur l’économie guinéenne. Il en résulte un sentiment de frustration illustré par ces propos excessif d’un étudiant de l’institut des mines de Boké. A la question  quelle est pour vous l’incidence de la bauxite sur la vie des populations guinéennes ? L’intéressé répondit sèchement : c’est la poussière rouge qu’on observe dans les assiettes. La recherche d’un autre mode d’exploitation s’impose donc si l’on veut en tirer le meilleur parti pour le développement national. Où en est cette recherche ? Le nouveau code minier qui vient d’être élaboré constitue un élément de réponse à la question. Quels en sont les avantages et les limites ? Permettra-il de  désenclaver les régions, d’impulser l’essor des métropoles régionales et d’améliorer de manière plus sensible la vie des populations ?

A suivre….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des métropoles régionales incontournables

Le hasard semble avoir bien fait les choses de ce point de vue. La configuration actuelle du réseau urbain guinéen demeure propice à un aménagement porteur d’espoir pour un développement national équilibré et durable.

Un simple coup d’œil sur la carte du pays le confirme. Les villes sont assez bien réparties sur l’étendue territoriale. De ce fait, les métropoles régionales sont tout indiquées ou peu s’en faut. Les critères de choix restent à déterminer. Mais d’ores et déjà, la ville de Kankan pour la Haute Guinée semble devoir remporter le suffrage de par son passé et son rayonnement actuel. Il en est pratiquement ainsi de la ville de Labé pour la Moyenne Guinée, de N’Nzérékoré pour la Guinée forestière .Le choix est moins évident en ce qui concerne la Guinée maritime. Kindia, par sa situation et sa longue tradition de ville rayonnante et de pourvoyeuse en tout, pourrait prétendre au titre de métropole régionale. Mais sa proximité géographique avec la capitale milite en faveur d’un choix différent car le but prioritaire visé est de promouvoir un développement équilibré du pays tout entier. Sur cette base on pourrait, dans un premier temps tourner le regard vers Boké.

Dans tous les cas, ces villes pourraient jouer un rôle important comme métropoles régionales. Il en résulterait, à l’évidence, une certaine vitalité socio-économique de l’arrière-pays. Cela serait d’autant plus prometteur qu’il profiterait pleinement de l’organisation tournante de la fête commémorative  de l’indépendance nationale du 2 octobre 1958.Il n’en est malheureusement pas ainsi pour le moment. L’initiative du professeur Alpha Condé à travers la ville de Boké suscite beaucoup d’espoir dans ce sens. Elle doit être poursuivie et consolidée. Pour l’heure, l’essentiel des activités reste encore fortement concentré à Conakry, capitale excentrée du pays.

Les différents cas évoqués soulignent avec force un aspect contrasté du paradoxe guinéen. Il en existe un autre plus frappant encore : celui relatif à certaines idées et actions initiées par la Guinée tant au niveau national que sur le plan africain. Il s’agit en occurrence du « non » de 1958, de la création de l’OUA devenue U.A., de l’importance accordée par la Guinée aux valeurs africaines et, plus près de nous l’initiative de démocratisation en cours.

 Le « Non » de 1958

Le 28 septembre 1958, la Guinée est la seule des colonies françaises d’Afrique à répondre négativement au référendum qui lui est proposé. Elle exprime de ce fait sa volonté sinon de rompre du moins de réaménager les liens qui l’unissent à la France. Le 2 octobre de la même année, cette volonté d’être soi-même et de gérer ses propres affaires devient une réalité par la proclamation de l’indépendance.

L’enthousiasme suscité par l’évènement en Guinée, en Afrique et dans le monde amplifie à l’excès sa portée.

La Guinée n’est pas le premier pays du continent à accéder à la souveraineté nationale. Le Maroc, la Tunisie et le Ghana l’ont précédée. Elle focalise néanmoins tous les regards sur elle.

Des patriotes français, antillais et africains viennent se mettre gracieusement au service du jeune Etat. Ils entendent ainsi limiter l’incidence des mesures répressives françaises et consolider les bases de de la liberté recouvrée.

Nombre d’entre eux seront proprement renvoyés après de loyaux services. D’autres seront emprisonnés à la grande surprise de tout le monde. Le fait passe inaperçu à l’époque. Il est trop « insignifiant » pour ternir le prestige dont jouit la Guinée indépendante. Les aspirations suscitées sont encore trop fortes surtout en Afrique.

Une initiative panafricaine de grande portée

C’est dans ce contexte et sur cette lancée que notre pays prend la noble initiative d’inviter les groupes alors antagonistes de Casablanca et de Monrovia à se fondre en une seule organisation panafricaine. Le travail colossal patiemment effectué à ce dessein par le talentueux et habile Telli Diallo finit par avoir raison des micro-nationalismes fortement nourris par une souveraineté toute fraîche.

Le 23 Mai 1963, c’est la naissance, à Addis- Abeba, en Ethiopie, d’une organisation panafricaine saluée avec bonheur et espoir par tous les peuples d’Afrique.

L’OUA est bel et bien née. Le rôle initiateur de la Guinée lui vaudra d’en assumer les plus fautes responsabilités pendant deux mandats à travers Telli Diallo.

Cela n’empêchera pas la République de Guinée de bouder les assises de l’OUA au point d’en  entraver le fonctionnement. Comble d’ironie du sort ! La Guinée n’aura même pas l’honneur de présider, à son tour, le 20ième sommet panafricain qui devait se tenir à Conakry en juin 1984.

Tout pourtant avait été prévu pour cette grandiose retrouvaille africaine. Le palais des nations et les villas de l’OUA avaient été réhabilités à la mesure de l’évènement attendu. De sources fiables de grands projets avaient minutieusement  été préparés dans le plus grand secret et ne devaient être révélés à l’opinion africaine et internationale qu’à la fin des travaux. Il aurait été question de la création surprise d’une monnaie africaine avec le soutien de la Suisse. Des supputations allaient bon train. Quelques faits avérés semblaient confirmer certaines rumeurs persévérantes. Des tonnes d’or accumulées à la Banque centrale de la République de Guinée et secrètement gardées devaient servir le noble et ambitieux projet de doter le continent d’une monnaie commune africaine indépendante.

Aujourd’hui, à l’ère des grands ensembles, tout se passe comme si notre pays, naguère champion du panafricanisme, se résignait à un simple rôle de figurant passif. Plus personne ne semble se souvenir de la contribution guinéenne à la création, au maintien et à la consolidation de l’organisation panafricaine. La contribution à la cause panafricaine se traduit par une courbe en dents de scie. C’est une alternance de hauts (Lagos 1980) et de bas (guerre des ondes avec les Côte d’Ivoire, la Haute Volta (Burkina Faso) et le Sénégal). Elle a fini par générer une courbe descendante dont on est peu fier aujourd’hui. Le président Alpha Condé a bien compris cette régression de la position  panafricaine  de la Guinée. Il a tout mis en œuvre pour la redynamiser à la grande satisfaction du continent.

 Le retour aux valeurs africaines.

Ce retour paraît nécessaire, voire indispensable à la réhabilitation de l’Afrique indépendante. Longtemps reléguée à la dimension d’un folklore, plus observés par des touristes en mal d’exotisme, l’Art et la culture traditionnels africains retrouvent rapidement leur pleine signification dans la Guinée indépendante. Le retour aux sources ancestrales demeure l’objectif dominant. Accoutrements, cadres et instruments s’inspirent de cette considération. L’ensemble instrumental crée à cette fin en 1961 et bien connu pour s’être produit dans les différentes capitales du monde, passe pour le «melting-pot », le creuset tant des artistes issus d’ethnies diverses que des instruments de musique jusqu’alors localement utilisés pour la plupart à l’intérieure du pays. Les premiers disques guinéens, « sons nouveaux d’une nation nouvelle », étaient à l’image de cette intégration culturelle. Chants Kissi, peul, Gberzé, soussou, malinké indifféremment chantés par l’ensemble des artistes alternaient sur le même enregistrement et produisaient,  à les  entendre, l’image d’une Guinée réellement engagée sur la voie de l’unité nationale. Leur contenu avait trait à des thèmes du moment tels que l’esclavage opposé à la liberté, l’appel à la paix, les louanges aux grandes figures historiques de  l’Afrique comme Alpha Yaya Diallo, l’Almamy Samory Touré, Soudiata Keita, Patric Emery Lumumba, Zégbela Togba, Kwame Nkrumah, etc. Il y était fait allusion aux mutations internationales consécutives à l’indépendance des pays africains et le transfert de ces derniers à l’ONU plutôt que dans les capitales de leurs anciennes métropoles. Ainsi, disaient les chansons, la Guinée n’ira plus à Paris ; mais à l’ONU. Le Ghana n’ira plus à Londres mais également à l’ONU. Il en était ainsi du Mali, du Liberia, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, etc.

Ainsi, d’extension en extension, le contenu des messages chanté déborda le cadre restreint de la République de Guinée, puis de l’Afrique pour se porter sur les problèmes internationaux du moment.

Au fil du temps, tout avait radicalement changé. Dans sa forme comme pour le contenu, la culture cessa bientôt de jouer dans le sens de l’intégration nationale, de l’unité africaine, pour ne concerner que la personne du chef de l’Etat  guinéen. Les efforts culturels des premiers moments de l’indépendance se sont mués en instruments de culte de personnalité.

Pourtant cette déviation culturelle n’a pas empêché la Guinée de connaître un rayonnement culturel. Partout où ils se sont produits les artistes guinéens des ballets, orchestres et autres,  ont brillamment présenté à l’opinion internationale la richesse du patrimoine culturel africain à partir des réalités guinéennes. Ils ont agi en messagers de la culture africaine en même temps qu’ils fournissaient des devises à la République de Guinée qui en avait fort besoin.

L’élan culturel ainsi impulsé par la République de Guinée fit tâche d’huile dans toute l’Afrique. Son essor aujourd’hui est plus grand ailleurs que dans notre pays. De quoi s’interroger une fois de plus sur notre curieux destin.

  De la démocratisation

Bien avant la Baule et la dislocation de l’URSS, les autorités militaires guinéennes, par la voix du Président Lansana Conté, prirent le 1er octobre 1989, l’engagement d’instaurer une société démocratique en République de Guinée. Un an jour pour jour, après cette décision, le CMRN et le gouvernement passèrent aux actes. Tous les fils du pays furent invités à œuvrer au succès du projet. Une commission de rédaction fut mise en place. Une intense campagne d’information fut engagée sur ce sujet d’intérêt national. Des conférences de presse se tinrent çà et là avec la participation de la presse locale et étrangère. Le projet prit rapidement la dimension requise. Tout le monde en parla et partout. L’information circula comme il se devait, faisant de l’initiative, la véritable préoccupation de tous les Guinéens. Des contributions d’importance et de qualité variables furent envoyées de partout, notamment par les Guinéens expatriés.

Le 23 décembre 1990, la loi fondamentale fut adoptée par une large majorité des Guinéens. Mais certaines de ses dispositions ne donnèrent pas satisfaction. Elles furent remises en question par des lois organiques élaborées par le CTRN qui a remplacé le CMRN. C’est ainsi que le bipartisme initialement proposé par le gouvernement dans un premier temps céda  au multipartisme intégral et immédiat. Quarante-trois partis politiques furent de ce fait agréés. Après les élections communales, l’on fixa des échéances importantes : les législatives prévues pour le 27 décembre 1992 et l’élection présidentielle un an plus tard. Toute la Guinée se mit de nouveau à y croire.

Et voilà que tout se mit à piétiner. Les pays qui ont engagé le processus après nous ont franchi le seuil décisif des premières élections pluralistes et libres avec plus ou moins de bonheur. Comme à l’accoutumée, la Guinée est dans l’impasse après avoir donné l’exemple. Faut-il croire à une certaine fatalité ? Surement pas. La seule explication plausible réside dans la volonté et l’aptitude des Guinéens à prendre en main leur propre destin.

Ainsi qu’il s’agisse du « Non » de 1958, de notre contribution à la création de l’OUA, du retour aux valeurs africaines, du potentiel socio-économique considérable ou de la démocratisation en cours, la République de Guinée est partout en recul par rapport aux idées qu’elle a elle-même impulsées à bon escient. La longue liste d’initiatives inachevées  dans notre  pays le confirme clairement. L’édifice principal de l’hôtel de l’unité, un mort-né, fut un bel exemple des travaux inachevés de notre pays. Il resta au stade de chantier jusqu’à sa destruction récente par des travaux d’infrastructure routière.

En évoquant les faits qui la constituent, j’ai cru devoir inviter tous les Guinéens à mettre un terme à la longue série d’entreprises éphémères dont les incidences expliquent largement notre retard. Nous devons remettre notre pays sur les rails du progrès socio-économique. Pour y parvenir, le primum est de lui assurer la stabilité, la paix et la concorde nationale. Le projet de démocratisation en cours constitue une occasion rêvée à cet égard. J’invite donc tous les Guinéens à tout subordonner à sa réussite pour le plus grand bien de la Guinée. Notre salut passe inéluctablement par là. Nous devons en avoir une conscience claire. Humble avis de simple  citoyen guinéen.

Djibril Kassomba Camara

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1]  Jean ROUCH, Sur les côtes du Sénégal et de la guinée » Voyage du Sévigné Paris, 1925 p.117

[2] Même si le sort réservé à cette forêt inquiète de jour en jour. Tant l’homme se montre imprudent et ravageur dans l’utilisation de cette forêt.

[3] On dénombre à ce jour … variétés de poissons recensés.

[4] Terme latin, le mot recouvre de nombreuses significations. On retiendra ici le sens de : éclat que fait une action honteuse.

[5] Afrique contemporaine, n°144 octobre 1987 p 33

Share Button

Leave A Reply

Your email address will not be published.